Nous, pays d’Afrique centrale et partenaires, réunis en marge de la 30ᵉ Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CoP30), tenue à Belém au Brésil,
Convaincus que les trois grands massifs forestiers tropicaux de la planète constituent des piliers essentiels de l’équilibre écologique mondial, jouent un rôle majeur dans la régulation du climat, sont des réservoirs essentiels de biodiversité et des garants indispensables du cycle de l’eau ;
Préoccupés par l’importance des changements climatiques et l’érosion de la biodiversité qui affectent leurs capacités à fournir des services écosystémiques très importants pour l’humanité et à garantir le développement durable de plus de 1,5 milliard de personnes qui y habitent ;
Reconnaissant en particulier l’importance vitale et exceptionnelle au plan écologique, économique, social, culturel et climatique des forêts du Bassin du Congo, premier puits de carbone forestier de la planète[1] ainsi que la nécessité de mettre en place des mécanismes de valorisation de ce patrimoine naturel pour la croissance économique et le développement durable des pays d’Afrique centrale ;
Conscients des menaces croissantes quipèsent sur cet écosystème unique, notamment la déforestation, la dégradation des terres, l’érosion de la biodiversité, les effets néfastes des changements climatiques et les pressions économiques et démographiques ;
Soulignant que la déforestation contribue au dérèglement du cycle de l’eau et à l’accélération du changement climatique, avec des impacts majeurs sur le continent africain et bien au-delà, au plan économique, social, environnemental et sécuritaire ;
Affirmant l’importance des services écosystémiques rendus par les forêts et tourbières d’Afrique centrale et de leur richesse biologique, génétique et culturelle d’importance mondiale, abritant un cinquième de toutes les espèces vivantes sur la planète, dont 30 % sont endémiques ;
Convaincus que la survie des écosystèmes forestiers d’Afrique centrale dépend de financements plus accessibles, prévisibles, transparents, justes, équitables, durables, axés sur les résultats et pleinement alignés sur les priorités nationales ;
Réaffirmant l’importance d’œuvrer collectivement pour renforcer la coopération multilatérale dans le cadre d’une approche fondée sur la solidarité climatique ;
Rappelant leur attachement à la mise en œuvre des trois conventions de Rio, du Protocole de Kyoto, de l’Accord de Paris, du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal, des objectifs de développement durable des Nations unies et en particulier l’objectif 13 « Prendre d’urgence des mesures pour lutter contre les changements climatiques et leurs répercussions », l’objectif 15 « Gérer durablement les forêts, lutter contre la désertification, enrayer et inverser le processus de dégradation des sols et mettre fin à l’appauvrissement de la biodiversité » et l’objectif 17 « Renforcer les moyens de mise en œuvre du Partenariat mondial pour le développement durable» ;
Soulignant la nécessité de diversifier les sources de financement au-delà des contributions publiques pour y inclure les investissements du secteur privé et le financement domestique, conformément à l’engagement de Séville ;
Conscients que l’atteinte,d’ici à 2030, des objectifs de la Déclaration de Glasgow sur les forêts et l’utilisation des terres adoptées en 2021 visant à stopper et inverser la déforestation et la dégradation des terres, ainsi que ceux de la cible 3 du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal adopté en 2022, requiert une accélération des efforts ;
Rappelant le Cadre de gestion durable des forêts pour l’Afrique (2020-2030) de l’Union africaine, qui sert d’orientation à ses États membres et aux autres parties prenantes dans leurs efforts en vue d’éliminer la déforestation et la dégradation des forêts en lien avec l’Agenda 2063 de l’Union africaine ;
Rappelant les stratégies nationales forêt et biodiversité, ainsi que les accords régionaux, nationaux et locaux ;
S’appuyant sur le Plan de Convergence de la COMIFAC (2015-2025), ainsi que sur la « Déclaration d’engagement des États membres de la COMIFAC pour les forêts d’Afrique centrale et appel pour un financement équitable » (août 2021), dite Fair Deal ;
Saluant le succès du Global Forest Finance Pledge dans le cadre de l’engagement mondial de Glasgow pour les forêts, et de la « Déclaration conjointe des douze donateurs pour la protection et la gestion durable des forêts du Bassin du Congo » ou Congo Basin Pledge, ayant permis la mobilisation de plus de 1,5 milliards de dollars USD entre 2021 et 2025 ;
Rappelant le « Plan de Libreville » de mars 2023 adopté lors du One Forest Summit et visant à établir « un accord juste entre les pays forestiers et la communauté internationale pour concilier ambition environnementale et développement économique » ;
Rappelant la Décennie des Nations unies pour la restauration des écosystèmes (2021-2030) ainsi que la Décennie des Nations unies pour le boisement et le reboisement dans le cadre de la gestion durable des forêts (2027-2036) ;
Saluant l’initiative Tropical Forest Forever Facility (TFFF) en tant que mécanisme financier innovant pour la protection des forêts sur pied et l’engagement en faveur des droits fonciers forestiers et encourageant sa mise en œuvre ;
Tirant les leçons du Congo Basin pledge (2021-2025), les signataires se mobilisent pour mettre en œuvre la présente déclaration qui accompagne le développement socio-économique des pays d’Afrique centrale ;
Faisons cette déclaration politique afin de stopper et inverser la perte de couvert forestier d’ici à 2030, conformément à la Déclaration de Glasgow (2021) et de promouvoir le développement durable de la sous-région.
Pour ce faire, cette déclaration politique a pour sous-objectifs de :
- Faire de la gestion durable, la restauration, la conservation des forêts, des tourbières et autres zones humides du Bassin du Congo un élément transversal des politiques publiques, en veillant à intégrer dans la prise de décision tous les échelons de gouvernance économique, environnementale et sociale ;
- Développer des chaînes de valeur durables, les investissements privés qui valorisent à la fois les services écosystémiques et les services environnementaux rendus par les forêts du Bassin du Congo ;
- Mobiliser au niveau national, régional et international des ressources financières et non financières importantes et additionnelles en faveur de la mise en œuvre des objectifs de la Déclaration pour les forêts d’Afrique centrale ;
- Renforcer les capacités scientifiques, académiques, techniques et les savoir locaux incluant les institutions et les nécessaires infrastructurelles sur les écosystèmes forestiers du Bassin du Congo ;
- S’appuyer dès 2026 sur un mécanisme existant de suivi de l’évolution du couvert forestier dans la région et améliorer la transparence dans les rapports ;
- Donner toute sa place à la société civile, aux peuples autochtones et aux communautés locales dans la gestion juste et équitable des écosystèmes forestiers ;
Convenons de mettre en place un mécanisme conjoint de suivi, de transparence mutuelle et d’évaluation des résultats obtenus, avec des indicateurs clairs, partagés et vérifiables afin de garantir la redevabilité et l’efficacité des actions entreprises.
Pour l’atteinte de ces objectifs, cette déclaration politique repose sur des actions des pays signataires d’Afrique centrale et de leurs partenaires.
- Les pays de l’Afrique centrale conviennent de :
- Poursuivre l’harmonisation et l’application des législations et réglementations afin de préserver les écosystèmes forestiers et transfrontaliers du Bassin du Congo, d’améliorer le climat des affaires et d’assurer le développement de mécanismes de financement innovants et d’attraction des financements verts privés ;
- Veiller à ce que les engagements nouveaux en faveur des écosystèmes forestiers et de tourbières soient reflétés dans les contributions déterminées au niveau national (CDN), et les stratégies et plans d’action nationaux pour la diversité biologique (SPANB) et créer des synergies et une cohérence dans leur mise en œuvre ;
- Mettre en œuvre des politiques nationales ambitieuses en matière de gestion durable des forêts, de lutte contre la déforestation et la dégradation des terres, et de développement de chaines de valeur durables notamment dans le secteur agricole, minier et énergétique ;
- Renforcer la gouvernance forestière à travers l’amélioration de la transparence, de la traçabilité, de l’efficacité, de la prise en compte du genre, de la redevabilité dans la gestion des fonds alloués à la gestion durable des écosystèmes forestiers et de la lutte contre la corruption ;
- Favoriser l’accès aux données fiables et harmonisées, notamment via l’Observatoire des Forêts d’Afrique centrale (OFAC), Congo Basin Science Initiative (CBSI) et One Forest Vision Initiative (OFVi), et renforcer la prise en compte des données scientifiques dans les prises de décisions éclairées ;
- Renforcer les capacités institutionnelles, techniques et scientifiques pour structurer une offre de projets à haute intégrité environnementale éligible à des mécanismes de financement innovants tels que les crédits carbone, certificats biodiversité, les paiements pour services écosystémiques et environnementaux, TFFF… ;
- Garantir les droits fonciers, notamment ceux des couches vulnérables, la gouvernance inclusive, les savoirs traditionnels des peuples autochtones et communautés locales ainsi que leur accès direct, juste et équitable aux financements climat et biodiversité ;
- Favoriser l’inclusion des acteurs de la société civile, en particulier les jeunes et les femmes, dans la gouvernance forestière et l’aménagement du territoire et renforcer leur rôle dans l’accès et la participation aux financements climat et biodiversité ;
- Répondre aux causes profondes de la déforestation en menant des politiques d’amélioration des conditions de vie, et en particulier de lutte contre la pauvreté ;
- Faciliter le développement de chaînes de valeur durables et promouvoir des techniques culturales favorables à la préservation des forêts permettant d’infléchir la tendance actuelle de la déforestation ;
- Mobiliser les ressources financières nationales suffisantes, adéquates et durables à affecter à la préservation des écosystèmes forestiers, des tourbières et promouvoir, dans une logique de co-financement, le déploiement d’un mécanisme de paiements pour services écosystémiques et environnementaux en garantissant un partage juste et équitable des avantages en découlant ;
- Renforcer les incitations favorables à la finance verte, notamment à destination des investisseurs privés nationaux ;
- Renforcer le soutien aux institutions régionales d’appui à la gouvernance forestière.
- Les partenaires conviennent de :
- Apporter un soutien scientifique, académique et technique à l’atteinte des objectifs déclinés dans les objectifs de la présente déclaration politique ;
- Apporter dans une logique d’atteinte de résultats, de renforcement des politiques sectorielles ainsi que de mobilisation du secteur privé, un soutien financier d’au moins 2,5[2] milliards USD d’ici à 2030 ;
- Rechercher des financements et des investissements supplémentaires publics et privés, tout en améliorant la coordination, l’efficacité et l’accessibilité des fonds ;
- Promouvoir dans les grandes instances internationales, la place, l’importance et le rôle spécifiques des forêts du Bassin du Congo ;
- Appuyer des initiatives régionales et transfrontalières visant à maintenir et restaurer la connectivité écologique des forêts du Bassin du Congo ;
- Favoriser des partenariats durables, co-construits et adaptés aux réalités de l’Afrique centrale, responsabilisant les agences nationales dans la gestion des finances, suivant les standards internationaux avec une approche fondée sur la solidarité climatique et axée sur les résultats ;
- Renforcer à cette fin la coopération avec les institutions et mécanismes financiers régionaux et internationaux pour le transit des ressources financières mobilisées à destination des forêts d’Afrique centrale, tout en conservant leur liberté dans le choix des canaux de financement ;
- Œuvrer au sein des fonds multilatéraux pour le climat et l’environnement pour un meilleur accès et une plus grande allocation des financements en faveur des forêts d’Afrique centrale ;
- Appuyer la mise en œuvre d’un système commun de suivi-évaluation transparent des politiques, des résultats et du soutien financier basé sur des mécanismes existants et compatibles avec les règles internes des partenaires ;
- Soutenir, si approprié, la mise en place de mécanismes financiers innovants à haute intégrité environnementale, compatibles avec les règles internes des partenaires, notamment les paiements pour services écosystémiques et environnementaux, les obligations vertes, tarification du carbone et instruments de marché, les certificats de biodiversité, les échanges contre nature et les approches fondées sur les résultats ;
- Veiller à l’impact environnemental et social des investissements sur les écosystèmes forestiers du Bassin du Congo ;
- Fournir un soutien scientifique, universitaire et technique pour atteindre les objectifs énoncés dans cette déclaration politique, en veillant à ce qu’elle favorise la participation pleine, effective et volontaire de la société civile, en particulier les jeunes et les femmes, des peuples autochtones et des communautés locales.
Nous, signataires de la présente déclaration politique :
Appelons la communauté internationale, États, organisations internationales et régionales, institutions financières, organisations de la société civile, secteur privé et philanthropies à nous rejoindre et à se mobiliser, politiquement et financièrement, pour la conservation et la gestion durable des écosystèmes forestiers d’Afrique centrale.
Exhortons les futurs partenaires à adhérer aux principes de cette déclaration, à ses objectifs et ses exigences de transparence et d’efficacité.
Adoptée à la Conférences des Nations unies sur les changements climatiques, Belém, Brésil, le 6 novembre 2025.
[1] Hubau, W., Lewis, S.L., Phillips, O.L. et al. Asynchronous carbon sink saturation in African and Amazonian tropical forests. Nature 579, 80–87 (2020). https://doi.org/10.1038/s41586-020-2035-0
[2] Annexe de la Déclaration politique : Liste des contributions prévues des partenaires internationaux.

